Accepter d’être faible (et prendre des médicaments ?)

[Avertissement/TW : pensées suicidaires, dépression, traitement médicamenteux]

Le thème de réflexion de mon mois de février était la Vulnérabilité. J’avais prévu des articles, écrit par moi mais aussi par d’autres personnes avec qui j’en avais discuté… J’ai dû changer de plans.
Le mois de février a répondu à mes vœux et m’a forcé à accueillir ma vulnérabilité. Et, crois-moi, ça n’a pas été sans peine. J’ai lutté, encore et encore, mais j’ai fini par céder… Juste au bon moment.

Pour une petite remise en contexte : l’anxiété et la déprime (dépression ?) font partie de ma vie depuis une dizaine d’années déjà.
En 10 ans, ça s’est manifesté de différentes manières et j’ai toujours fini par m’adapter et trouver une façon de faire avec voire de régler le problème.
En 10 ans, jamais je n’avais eu à prendre de traitement pour assurer ma stabilité mentale (si on exclut cure de magnésium et médicaments homéopathiques légers type Euphytose sans ordonnance qui, très clairement, n’ont rien à voir avec anxiolytiques ou antidépresseurs). J’en étais fière, j’en avais même fait une partie de mon identité. Je savais que certains avaient besoin de médicaments, mais moi ? Jamais. J’avais survécu à un stress post-traumatique sans médicaments, c’était bien la preuve que c’était inutile pour moi ! Il y a tellement d’autres moyens naturels de se soigner !

Alors quand, après mon déménagement à l’étranger, mon état de santé mentale a commencé à fluctuer sévèrement, que mes insomnies sont revenues, je me suis dit que ça passerait, que c’était le début. Que je savais me débrouiller seule, que j’étais assez forte pour prendre soin de moi, que je l’avais déjà fait avant.

Et puis ce n’est pas passé. Alors j’ai été voir occasionnellement des conseillers de l’université pour vider un peu mon sac, et j’ai mis en place des protocoles self-care pour tenir le coup quand ça devenait dur, quand mes pensées suicidaires et mes frénésies autodestructrices reprenaient. Pour un temps ça a marché, et j’ai commencé à remonter la pente doucement.

Sauf que ça n’a pas duré. Peu à peu, le désespoir pur et dur, la perte de sens, d’intérêt ont pris de plus en plus de place. Mes ami-e-s m’incitaient à retourner voir un psy, mais non, je pouvais me débrouiller. Et puis les pensées suicidaires sont devenues envahissantes, récurrentes, interrompant le fil de mon quotidien. Alors je suis retournée voir un conseiller de l’université. La peine s’est allégée quelques jours. Et puis je me suis rendue compte que je ne me rappelais pas la dernière fois que j’avais ressenti quelque chose d’agréable. Je n’allais pas toujours mal, non, mais mes jours « avec » étaient en fait des jours vides d’émotions. Neutres. Je me suis dit que ça passerait.

Mais les choses ont encore empirées, j’allais de plus en plus mal, je me noyais, mes ami-e-s sur place commençaient à vraiment paniquer et je tenais le coup avec peine. Les crises de larmes sont devenues quotidiennes, mon appétit a fichu le camp, et soudainement plus aucune de mes méthodes de self-care n’avait d’effet.

sadghost

Source : The Sad Ghost Club (un super projet à soutenir)

C’est à ce moment-là seulement que je me suis dit que je devais faire quelque chose. J’ai contacté le complexe de santé pour les étudiants. Et là, j’ai eu de la chance, parce que ça a été très vite. Deux jours plus tard j’avais rendez-vous avec une infirmière pour faire le point et me diriger vers le professionnel adapté : je me suis écroulée. J’avais tout gardé pour moi, ne voulant pas admettre que ça n’allait pas, et encore moins inquiéter mes proches. Tout est sorti d’un coup. L’effondrement salutaire. Pas de possibilité de rendez-vous psy avant la semaine d’après mais hors de question de me laisser en suspens une semaine, le lendemain j’avais rendez-vous avec un médecin.

Là, je n’ai plus eu le choix : il fallait que je lâche prise sur toutes mes idées reçues sur moi-même, ma santé mentale et mes capacités.
Le diagnostic a fait mal : dépression sévère. J’ai négocié pour échapper au traitement antidépresseurs immédiat. Mais je n’échappe pas aux anxiolytiques et les antidépresseurs seront ré-envisagés si ça ne va pas mieux rapidement avec un suivi psychologique régulier.

Soudainement, toutes mes certitudes tombaient à l’eau. Je ne pouvais plus me débrouiller seule, je ne pouvais plus me passer des médicaments. D’abord j’ai été très opposée à l’idée et puis ça a fait son chemin.

Comprends-moi bien : je suis toujours peu attirée par l’idée de la prise de médicaments et je reste persuadée que des voies naturelles et un suivi psychologique adapté doivent précéder ou au moins accompagner la prise de médicaments. Mais les anxiolytiques que l’ont m’a prescrit sont à prendre « en cas d’urgence ». Cela me donne une « sortie de secours » pour les moments où j’ai peur de ne pas tenir, plutôt que d’espérer qu’un ami soit à disposition et disponible pour parler et me soutenir jusqu’à ce que ça passe. Un soulagement pour eux, une sécurité pour moi.

Alors maintenant, je me rends à l’évidence :
Mes stratégies habituelles sont devenues inefficaces. Voilà une nouvelle technique. Ça vaut le coup d’essayer. Même (surtout) si ça veut dire mettre de côté ma fierté, et accepter que je suis moins forte que ce que je me faisais croire (que je suis humaine en fait).

Depuis, j’ai pris le médicament quelques fois. J’ai du bol, ça marche bien sur moi : pas d’effets secondaires visibles. Et ça m’aide vraiment. En calmant l’anxiété et la douleur, ça me donne du temps pour me reposer, reprendre des forces. C’est aussi moins dur pour mes proches, moins effrayant. Mon premier rendez-vous psy était vendredi et je retrouve un peu la force d’avancer. Alors je pense que ça vaut le coup.

Et je te partage au passage avec toi une vidéo qu’une amie précieuse m’a envoyée et qui m’a aidée à accepter l’idée de prendre un traitement pour me soigner :

Bref, c’est ça ce que je voulais te dire :
On est tous faibles, c’est ok, tu as le droit aussi, et prends soin de toi ❤

Eleama O.

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4 réflexions sur “Accepter d’être faible (et prendre des médicaments ?)

  1. Coucou 🙂
    J’ai toujours été contre ce type de traitements, et je le suis encore, et pourtant, j’ai pris anti-dépresseurs, anxiolytiques et bêtabloquants pendant 6 mois il y a quelques années. Je ne pense pas que ça m’ait aidée à guérir, et j’ai vraiment galéré lors de l’arrêt, mais sincèrement, sans cette « pause » (et c’était bien une pause dans ma vie, je ne me souviens quasiment de rien de cette période ^^), je ne pense pas que j’aurais réussi à garder la tête hors de l’eau en attendant le bon moment pour reprendre du poil de la bête.
    Bref, je suis contre les anti-dépresseurs à proprement parler qui sont vraiment des cochonneries, et qu’on prescrit parfois à tort et à travers, mais effectivement, des fois, l’homéopathie n’est vraiment pas suffisante. Il faut juste garder à l’esprit que ça doit rester une simple béquille temporaire, et ne pas laisser les médicaments devenir indispensables pour vivre. Plus facile à dire qu’à faire, mais décider d’arrêter son traitement, c’est aussi faire un pas vers la guérison ! 🙂
    Bref, oui, même si les effets sont parfois discutables, ça vaut le coup d’essayer. Le bien-être n’a pas de prix.
    Courage 🙂

    • Je suis du même avis : en tant que béquille temporaire, ce n’est pas à rejeter complètement. Pouvoir me reposer me fait un bien fou !! Mais je ne veux pas que mes seules journées agréables soient dues à une illusion chimique ! Et puis, il y a aussi tellement d’effets secondaires à ces médicaments… J’ai commencé à me rendre compte de ceux de mon traitement qui pourtant n’est pas très lourd et ce n’est pas la joie !

      Merci de ton commentaire, et de ton soutien !
      Passe une belle journée !

  2. Merci ! J’ai lu cet article il y a quelques jours et il m’a donné du courage pour oser parler à mon médecin de cette dépression que je traîne depuis des mois et que je croyais pouvoir surmonter toute seule… C’est excessivement difficile d’admettre qu’on ne va pas bien et puis surtout d’oser le dire à quelqu’un – en sachant parfaitement qu’on va complètement s’écrouler en le faisant. Pour le moment, elle m’a prescrit des comprimés à base de safran. Je ne sais pas si ça va me soulager de cette douleur que j’ai constamment dans la poitrine, mais au moins j’ai accepté l’idée de me faire aider et c’est déjà un grand pas. Donc merci 🙂

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