La vie doit continuer

Eleama O.

Je ne voulais pas m’exprimer sur le sujet, je ne trouvais pas les mots. Quand OihanaSymphony m’a envoyé son article, je me suis dit qu’écrire quelques mots ne me feraient pas de mal. Je ne ferais pas un article, plutôt une introduction à celui d’OihanaSymphony.

toureiffel

J’ai appris les attentats par hasard, au milieu d’une soirée pour l’anniversaire de mon père. J’ai regardé mon téléphone. Et je me suis décomposée. Par chance on était entre amis, et tout de suite, on a tous partagé beaucoup d’amour, ce qui a facilité l’assimilation des informations. Puis festival de sms aux amis parisiens. Il y a celui qui ne répond pas. Finalement, fausse alerte, tout va bien, mais plusieurs heures à scruter mon téléphone en espérant son sms.
Puis tombe le communiqué du directeur de mon école : Deux anciens élèves très impliqués dans la vie de l’école sont morts au bataclan.
Je fuis les images, fuis les infos, me terre dans une bulle de douceur.
Mais je ne fais que tenir les faits à distance. Je ne m’exprime pas, ou à peine sur le sujet, je m’étonne moi-même de cette réaction qui me semble ne pas me ressembler.
Finalement maintenant je peux le dire : Je trouve ces attentats pire que ceux de Charlie Hebdo. D’abord par le nombre de morts et de blessés évidemment. Mais aussi et surtout parce que Charlie, c’était un symbole. Là, ça semble complétement gratuit, incompréhensible. Et ça pourrait être moi.

OihanaSymphony

Lundi 16 novembre 2015

peace-for-paris

Aujourd’hui, c’est Lundi et je suis retournée à la fac. Je n’avais pas envie d’y retourner. J’avais la boule au ventre, le moral dans les chaussettes, une espèce de nausée permanente.

Ce Lundi, je n’avais qu’une envie : rester au lit. Nous sommes en Novembre, il fait froid. Je crois que je n’ai jamais autant aimé ma couette. J’ai envie de dormir, d’oublier ce qui s’est passé. Je n’ai pas envie d’aller en cours, je n’ai pas envie de faire face. J’ai envie de faire l’autruche. Je veux enfouir ma tête dans le sable et attendre que ça passe.

Pourtant, au fond, on sait tous que ce n’est pas la solution. L’autruche, on pourrait la faire longtemps. Très longtemps, même. Mais la vérité, c’est que ça ne changerait rien. Ce qui est fait est fait.

Et ce serait leur faire plaisir, à eux, à ceux qui ont tenté de nous mettre à genoux, que de rester au lit, choqué, apeuré, et attendre que ça passe.

Alors ce Lundi, je me suis levée et je suis retournée à la fac. Sur le chemin, j’ai croisé des policiers. J’ai retrouvé mes camarades. Nous avons échangé quelques « Ça va ? » d’un air entendu. C’était tellement plus que ça. « Ça va, toi ? Tu t’en sors comment ? Tu supportes ? Tu as des connaissances sur Paris ? Pas de drame ? ». C’est ça que ce «Ça va ? » voulait dire.

Les professeurs nous parlent. Longtemps pour certains, très brièvement pour d’autres. Pour la première fois depuis des jours, pour certains, nous parlons. Nous débriefons. Ça fait du bien, de s’exprimer, d’écouter, de souffler.

Aujourd’hui, j’ai repris un début de routine, après m’être dit une centaine de fois que rien ne serait plus jamais pareil. J’ai eu la boule au ventre, failli pleurer une bonne dizaine de fois, mais j’ai réussi.

Ça peut sembler dérisoire, mais je suis fière de moi. Je suis fière de nous tous qui avons fait l’effort de nous lever et de continuer à vivre. Et je suis fière de tous ceux qui le feront.

Non, rien ne sera plus jamais pareil. Non, ça n’ira pas mieux tout de suite. Non, on ne peut rien faire pour effacer ce qui a été fait.

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Mais oui, la vie doit continuer.

Ces derniers jours, j’ai beaucoup entendu « On ne doit pas avoir peur. Sinon, ils auront gagné. ». Peut-être. Mais moi j’ai peur, et je pense que c’est légitime. Mais ce matin, je me suis levée, et je suis retournée à l’université. Et je suis fière de moi, parce que ce Lundi, j’ai l’impression de m’être surpassée.

Quand bien même nous aurions toutes les raisons de rester au lit, je crois que nous devons continuer à nous lever. Parce que c’est s’ils nous mettent à terre qu’ils auront gagné.

La vie doit continuer, et tant qu’on la fera continuer, non, ils n’auront pas gagné.

 

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