Vers un nouveau monde ?

Le 10 septembre, mon école organisait en guise de « leçon inaugurale » une conférence avec Corinne LEPAGE. Le thème ?

Transition énergétique, climatique et sociale : vers un nouveau monde ?

sciencespocaen

Photographie de Sciences Po Rennes

Toute pleine de préjugés que j’étais, je m’attendais à un speech démagogique et vide, avec des inexactitudes sur les sujets écologiques, et surtout déconnecté de la réalité.
Eh bien autant vous dire que si ça avait été le cas, je n’écrirai pas cet article !

Je ne vais pas ici vous faire un résumé de la conférence. Ces deux petites heures m’ont fait réfléchir et c’est cette réflexion que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui. Les idées de Corinne LEPAGE et les miennes seront ici difficilement séparables puisque ce sont les mots de l’ancienne ministre qui nourrissent ma propre réflexion. Je ne vous partage donc pas ici l’intégralité des sujets abordés, mais seulement ceux qui ont fait écho en moi, et la nature de ces échos.

Tout d’abord, l’ancienne ministre de l’environnement a fait la distinction entre ce qu’on pourrait appeler « l’ancien monde« , symbolisé par la voiture, tout son système d’aménagements et son industrie, un monde à « prééminence occidentale« , structuré selon une hiérarchie verticale descendante, où le pouvoir et l’information descendent du « haut » vers le « bas » ; et un « nouveau monde » qui serait celui de la troisième révolution industrielle où le mariage des questions de l’environnement et du digital est primordial, où l’économie devient une économie de partage, où le local retrouve sa place, pour remettre le lien social au cœur de la société.

Dans ce sens, Corinne LEPAGE propose aussi une remise en perspective de la crise actuelle : Et si c’était l’expression de cette transition dans laquelle nous sommes engagés sans pouvoir l’arrêter, l’expression que le système doit opérer une mutation pour s’adapter aux changements profonds du monde qui nous accueille ? Ce ne serait alors plus une crise « normale » mais une invitation à nous adapter au plus vite, pour passer d’un monde à un autre. Ce bouleversement global serait le signe d’un changement d’époque, et il ne faudrait pas l’appréhender uniquement à travers le prisme de l’économie.

corinnelepage

Photographie de Sciences Po Rennes

La question qui se pose n’est plus « Comment régler la crise ? » mais « Comment penser ce nouveau monde ? »
Les préliminaires d’un tel changement sont déjà en place, Corinne LEPAGE insiste sur ce point. Et ils s’articulent ainsi :

  • Un changement d’économie
    On peut déjà observer l’amorce d’une transition dans le monde économique par l’émergence d’un nouveau modèle financier fondé sur le partage, représenté par le succès croissant du financement participatif par exemple, ou le développement de système de prêt entre particuliers plutôt que d’achats systématiques de ressources, c’est-à-dire un recul du règne de la propriété, mais aussi par la création de diverses monnaies complémentaires à l’échelle locale.
  • Une nouvelle organisation de la société
    Ce changement semble venir du « Tsunami Internet » comme l’appelle l’ancienne ministre. La culture Internet donne une place prépondérante au partage et à l’échange libre en s’écartant des hiérarchies traditionnelles. C’est aussi cette dynamique du partage, et d’un modèle social à hiérarchie « horizontale » qui semble prédominer dans l’évolution de la société en réponse à la crise, et à l’individualisme du modèle précédent. Cette évolution vers un monde aux valeurs de partage plus marquées, je l’avais déjà remarqué mais n’avais jamais encore fait le lien avec l’émergence d’Internet. C’est cette conférence qui m’y a fait penser, et je la trouve extraordinairement parlante ! En effet, elle représente bien la façon dont les questions sociétales et environnementales qui se posent aujourd’hui se lient intrinsèquement à la question du digital et du numérique.
    J’ai souvent entendu des gens reprocher aux initiatives écologistes de vouloir opérer un « retour en arrière » et la réflexion que j’ai pu mener à l’issue de cette leçon inaugurale m’a aidé à perfectionner ma réponse face à de telles affirmations : Certes, le retour au local semble indispensable et, oui, quant à l’agriculture notamment, on semble quitter le modèle « moderne » pour revenir à des pratiques plus proches de la nature. Ça peut ressembler de loin à un retour en arrière, mais finalement, ce n’est que l’expression d’un besoin primaire et vital. A s’éloigner trop de cette nature qu’on oppose sans cesse à l’humain, on a sans doute favorisé de nombreux dysfonctionnements. Je pense notamment (et Corinne LEPAGE l’a souligné) aux maladies environnementales que peuvent être certains cancers, mais aussi Parkinson (un lien a été fait avec l’utilisation de pesticides), la recrudescence des problèmes respiratoires notamment l’asthme ou encore la baisse de fertilité certaine des populations occidentales (pas le recul des naissances dues aux mœurs mais bien les difficultés à enfanter). La question dès lors n’est pas celle d’un retour en arrière mais d’un retour aux sources, tout en gardant le meilleur des progrès techniques. Un retour au local, tout en ayant des possibilités de voyages faciles et accessibles pour s’enrichir et la magie d’Internet pour échanger et s’informer, la recréation d’un lien oublié avec la Nature tout en conservant dans une perspective raisonnée les avantages culturels des villes, etc. En bref, on pioche le meilleur de tous les modèles connus, pour en recréer un neuf. C’est aussi ça, le progrès 😉
  • Une nouvelle éthique
    Nous avons poussé la science toujours de plus en plus loin, et nous vivons avec une morale vieille de plusieurs siècles. Créer un nouveau modèle, c’est aussi nécessairement repenser nos valeurs, notre éthique, poser des limites à ce qui est acceptable moralement, dans le milieu scientifique mais pas seulement. Et j’ai bien l’impression d’ailleurs que nous sommes dans une phase de réveil des consciences. Je pourrais prendre pour exemple la question du statut de l’animal, car c’est un sujet qui me touche particulièrement mais il y en a plein d’autres. Comme exemple simple et rapide, je pense à la redéfinition juridique du statut de l’animal, mais aussi à l’expansion rapide du végétarisme et du véganisme.

Quant à chacun de ces sujets, Corinne LEPAGE a donné de nombreux exemples concrets dont je ne vais pas faire tout le détail ici (cela va entre autres de la science du biomimétisme, à la méthanation en passant par les habitats passifs, et il y a tant d’autres initiatives à citer), tout en rappelant que tout est encore à faire et à inventer. Les questions de la gouvernance, les problèmes climatiques, toutes les questions éthiques et bien d’autres choses sont à repenser. Nous sommes dans un monde en construction et pour conclure, elle a tenu à souligner que nous n’avons jamais eu autant de moyens pour imaginer et mettre en place un nouveau modèle.

SciencesPoRennes

Photographie de Sciences Po Rennes

Mais, avec la COP21 qui arrive, la question de ce qui doit être attendue du monde politique a été posée. La réponse est claire : Pas grand chose. En même temps, comment imaginer que, dans un temps politique court où la priorité est donnée aux mesures dont les effets sont visibles à court terme, et dans un monde fractionné où près de 200 États doivent se mettre d’accord en fonction chacun de leurs propres préoccupations, le changement vienne d’en haut ? Et surtout, comment penser qu’un changement de système puisse venir du système devenu, ou en passe de devenir, obsolète ?

Que retenir alors ? Que le changement vient d’en bas, que la vérité n’est pas détenue par une personne mais que chaque individu peut apporter son bout de solution. Que c’est de cette mise en commun, qui fait penser à la part du Colibri, que naitra le nouveau monde.
C’est poussé par le changement instauré par les individus que les politiques s’adapteront, et pas l’inverse.
En bref, comme toujours, le pouvoir est entre nos mains 😉

En sortant de cette conférence, j’étais revigorée. Le début était très axé sur les problèmes actuels, notamment environnementaux et devant l’étendue des dégâts, c’est d’abord la déprime qui m’est venu. Mais Corinne LEPAGE a vite enchainé sur les innombrables solutions qui naissent par les initiatives des particuliers, de chacun de nous. Me rappeler le nombre de gens investis, et d’initiatives, et surtout me remémorer mon propre pouvoir pour régler les problèmes auxquels nous sommes confrontés m’a redonné de l’énergie en masse. Et le fait que ce discours soit tenu par une personnalité politique (donc tout de même censée être au point sur ces questions et leur réalisme) m’a rappelé que, même si c’est souvent à ce discours que je suis confrontée, l’émergence d’un nouveau/meilleur modèle n’est pas une utopie mais une réalité construite brique par brique par chacun de nous 🙂 Rien de plus motivant !

J’espère que ce looong et parfois un peu technique article vous aura quand même plu ! J’avais vraiment envie de partager ça avec vous.
N’hésitez pas à rebondir sur ma réflexion, me faire part de vos doutes, ou au contraire de votre enthousiasme, ou à me partager des initiatives qui vous plaisent… J’attends de vos nouvelles 😉

Eleama O.

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