A la découverte de la Communication Non-Violente

Il y a quelques temps, j’ai participé à une rencontre avec Béatrix Piedtenu, autour du vaste sujet de la Communication Non-Violente. J’avais passé un très bon moment, pris beaucoup de notes, appris de nombreuses choses et aujourd’hui, j’ai envie de partager tout ça avec vous !
cnv
Pour démarrer la conversation, Béatrix avait tenu à nous faire un petit point sur le pouvoir de la CNV. Elle l’avait présenté comme une opportunité de sortir du statut de victime et/ou de rebelle pour s’affirmer sans rôle à jouer, dans une sincérité totale (envers les autres mais aussi, et surtout, envers soi-même). Elle avait aussi tenu à rappeler que le pouvoir que nous confère la CNV est un pouvoir qui s’exerce sur nous-même, et certainement pas sur les autres. Pour elle, il s’agit d’un outil et d’un chemin de conscience qui diffère pour chacun, et le but n’est sûrement pas d’amener les autres à faire ce que l’on souhaite, mais de trouver un moyen, en harmonie avec notre entourage, pour que nos besoins soient comblés. Il me semble que cette distinction est fondamentale et précieuse.

La séance a en quelque sorte tourné autour d’une phrase, nous recentrant en cas de besoin. En effet, parmi les personnes présentes, beaucoup étaient blessées, démunies face aux autres, parfois en colère contre les autres, se sentant piétinées par eux. Cette phrase, comme un rappel, avait pour but d’apaiser les tensions, de ramener à la base de la CNV.
« Quoi qu’on fasse, ce n’est ni bien ni mal, nous répondons à des besoins »
C’est un appel à ce qui a été désigné tout au long de la séance comme de « l’auto-empathie », c’est-à-dire de s’accueillir pleinement, avec nos besoins et nos sentiments. C’est aussi un rappel simple mais déterminant :

Si quelqu’un nous fait du mal, cela ne nous remet pas nous-même en cause, ce n’est pas dirigé contre nous, mais cela exprime de besoin de la personne. Si quelqu’un nous fait un reproche, il ne faut pas s’identifier au reproche, il ne nous représente pas. Par contre, il faut chercher le besoin qui est à l’origine de ce reproche, pour trouver un moyen de le prendre en compte.

En somme, la CNV est comme une autre langue qu’il nous faut apprendre à parler. Et le passage du mode d’expression traditionnel à la CNV n’est pas un sacrifice, mais une traduction. Béatrix a souvent rappeler que la CNV n’impliquait pas de s’écraser devant les besoins de l’autre, mais au contraire d’apprendre à exprimer nos propres besoins et trouver comment nos besoins ET ceux de l’autre peuvent être satisfaits.

Nous avons passé une importante partie de la séance à déterminer comment fonctionne le mode d’expression traditionnel pour le traduire. Nous en sommes arrivés à cela :

Le mode d’expression traditionnel se fonde souvent sur le jugement, l’interprétation, les attentes, les comparaisons, les dichotomies subjectives (avoir raison ou tort, jamais ou toujours, pas assez ou trop), mais aussi la généralisation, le déni de responsabilité et le « pouvoir sur« .

La CNV traduit l’expression des jugements et interprétations de situations, en discours factuel et précis appuyé sur les 5 sens et surtout, tourné sur soi, jamais dans l’attaque de l’autre ou le reproche.
Exemple : Au lieu de dire « Tu es en retard », préciser « Le rendez-vous était à telle heure »

Ce langage factuel a tendance tout seul à éliminer toutes expressions des attentes, généralisation, dichotomies subjectives, etc. Il n’est plus dans le jugement mais dans le fait.

Cependant, il est important de décrypter ses propres attentes et idéaux pour les comprendre, savoir de quel besoin ils proviennent et satisfaire le besoin directement.
De plus, le « pouvoir sur » du mode d’expression traditionnel est traduit en « pouvoir avec » basé non plus sur le reproche, et la réclamation mais sur la coopération pour réussir à satisfaire les besoins des deux parties.

Donc, avant d’aller à la confrontation, il faudrait faire le point soi-même sur nos besoins, nos demandes avant d’engager un dialogue constructif avec la personne en face. Pour expliquer cela de manière claire, Béatrix nous proposait de nous appuyer sur une sorte de marelle dans ce genre là :

Reproduction de mes notes, par mon père (ce héro)

Reproduction de mes notes, par mon père (ce héro)

Concrètement, la conversation pourrait se présenter comme ça :

  • Quand j’entends/ je vois/je lis
    (précision factuelle sans jugement/interprétation)…
  • Je me sens…
    (Exprimer ses sentiments/émotions, focaliser sur l’interne)
    Exemple : « Je me sens en colère ». Par contre, « Je me sens agressée » est une évaluation masquée, externe.
  • Parce que j’ai besoin de…
    Ce besoin m’appartient et n’a rien à voir avec l’autre
  • Est-ce qu’on pourrait prendre tant de temps, à tel endroit pour faire telle chose avant tel moment ?
    Demande précise, réaliste, réalisable, concrète, positive et ancrée dans le présent mais surtout NÉGOCIABLE.
  • Puis dialogue avec l’autre en fonction de ses besoins pour concilier ceux de chacun.

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/!\ Les émotions sont                         Les sentiments sont les dérivés des émotions comme
Peur                                                                                          l’inquiétude, la crainte, etc
Colère
Tristesse
Joie
Elles se jouent dans le corps.

Dans le mode d’expression traditionnel, on passe de l’action à la réaction, dans la CNV on rajoute le sentiment et le besoin avant la réaction, et tout passe par la rencontre avec l’autre.

Personnellement, de savoir que je n’ai pas à m’identifier au reproche de l’autre, et qu’il existe une manière sans violence de m’exprimer m’apaise terriblement. Je prends tout trop à cœur et un mot de travers m’affecte bien plus que ça ne devrait.
Maintenant, je me répète que le reproche ne parle pas de moi mais du besoin de l’autre, c’est une libération. Je cesse de me définir comme une mauvaise personne, et comme une victime, et j’agis à la place.
C’est long et compliqué de transformer la CNV en mode de communication « par défaut » mais je pense que ça en vaut la peine. Alors oui, souvent les gens ne se lanceront pas dans la conversation avec la même intention CNV que vous, mais ce n’est pas grave, encore une fois, il ne faut pas le prendre pour soi et persévérer, les bienfaits se mettent en place sur le long terme.

rosenberg

Le livre de M.B. Rosenberg, initiateur de la CNV, en bonne position dans ma « Pile A Lire » 😉

J’ai envie de parler de mon expérience personnelle de la CNV car jusque là, c’était surtout très théorique. Cette année, je me suis retrouvée au cœur d’un gros conflit. Il ne partait pas de grand chose mais pour de nombreuses raisons, est allé très loin. Il y avait en quelque sorte deux « camps ». Un jour, des conséquences assez importantes sont retombées sur une amie très chère, et furieuse, j’ai voulu aller voir la personne que je désignais comme « responsable ». Mon but à la base était de lui passer un savon bien violent. J’étais très très très remontée… Et puis, avant d’y aller, j’ai fait le petit dessin de la marelle, j’ai tout récapitulé pour savoir quoi lui dire… Plus j’avançais dans le schéma plus j’étais calme et ma colère retombait, plus je me mettais à la place de « l’ennemi ». Finalement, j’ai décelé les vrais problèmes, j’ai été la voir et au lieu du savon initialement prévu, on a parlé, tout mis à plat pendant près de deux heures, sans s’engueuler, on s’est toutes deux excusées, et la crise était finie. Ça a achevé de me convaincre que je voulais mettre ça en place, mais c’est un processus long…
Alors en cheminant, j’essaie de me remémorer les affirmations inspirantes et réconfortantes entendues à ce « cours » et aussi, de me rappeler de l’avertissement de Béatrix, nous racontant que souvent, les débutants se concentrent sur leur besoin, découvrant avec ivresse comment l’exprimer et le voir comblé, en oubliant que dans la CNV, il y a aussi le besoin de l’autre… 😉

Vous connaissiez la CNV avant ? Vous la mettez en place au quotidien ? Comment ? Racontez-moi tout !
Eleama O.

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12 réflexions sur “A la découverte de la Communication Non-Violente

    • Merci à toi de ce gentil commentaire ! Si tu le trouves, je veux bien ton avis sur le livre de Rosenberg, je cherche à la lire mais ne l’ai pas encore acheté 🙂

  1. Un très chouette article ! je viens de débuter le livre de Rosenberg. J’essaie de la pratiquer au quotidien avec mon amoureux et mon entourage en général. Il me manque quelques réflexes, mais je sens que ton petit schéma va vite venir combler mes références 😉 Merci pour ce partage et bonne continuation.

    • C’est long de mettre en place les réflexes… Moi ce schéma m’aide beaucoup, je suis ravie s’il peut t’aider aussi ! Bravo et bonne chance dans ta démarche 🙂

  2. Bonjour,
    N’arrivant pas à faire un travail de synthèse, après avoir suivi les 2 modules de CNV (avec Catherine Gunther, superbe expérience aussi!) pour des amies, l’une d’elle a cherché des infos sur le net et m’a envoyé ton article! Bravo je n’aurai pas dit mieux. Je vais poursuivre mon apprentissage, long mais nécessaire, en suivant le module 3 en avril avec une autre formatrice, plus proche de chez moi. Un grand merci, et pour info : Isabelle Padovani et ses merveilleuses vidéos sont aussi un bon outil pour démarrer cette approche de la CNV et répondre à des questions sur les relations humaines.

    Avec toute ma reconnaissance, chaleureusement,
    Virginie

  3. Décidément les schémas ne me sont pas faciles à lire !!! Mais j’ai beaucoup aimé les phrases et tout ce qui été écrit et décrit pour apprendre à communiquer, un grand merci pour ce si généreux travail de « décodage » !

  4. Tu as fait un excellent travail de synthèse simple , clair et net. Bravo à toi. Tu résumes en quelques phrases ce que j’essaye de dire en 4 heures et ce n’est toujours pas clair au bout.

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