Se suffire à soi-même

Au départ, cet article devait être un récit de mon séjour à Paris. Mais quelque chose de plus intime en est ressorti. J’ai hésité à le publier, et il a été difficile à écrire. Finalement, j’ai décidé de me révéler un peu plus, simplement parce que je ne suis certainement pas la seule à vivre ça, et que ça pourrait aider quelqu’un 😉 Alors c’est parti, je prends mon courage à deux mains, et je me lance ! perfection

Dans la vie, je suis une personne angoissée (c’est le moins qu’on puisse dire), même si j’ai un fort potentiel de bonheur (ça vous semble peut-être incohérent mais pas du tout : Je suis juste « intense », tout est fort, le négatif mais aussi le positif). En fait, pour résumer un peu la situation on pourrait dire que j’ai peur de tout ce qui fait la vie quotidienne, j’ai l’impression permanente de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir y arriver seule. Commander au restaurant, prendre un rendez-vous, décrocher mon téléphone ou ouvrir ma porte à quelqu’un qui passe à l’improviste, aller seule quelque part et le pire du pire : Me débrouiller seule dans une ville inconnue. Je suis terrorisée par l’échec. Si je rate, c’est comme si ma valeur toute entière était remise en cause, que ce soit un examen, un plat ou un changement de station de métro… Sauf que les échecs, dans la vie, on ne peut pas les éviter toujours. Du coup j’ai développé une technique ultime : Ne. Rien. Faire. Seule. Comme ça, en cas de cafouillage, je n’étais pas la seule à m’être trompée, donc je n’étais pas nulle. atelphobia Oui. J’imagine que vous voyez déjà le problème… Vous imaginez comme ça doit être invivable pour mes proches ? Passer son temps à rassurer et materner une fille aussi « insecure« , je m’en rendais pas compte jusqu’à récemment, mais c’est clair que c’est lourd à porter, éreintant, agaçant. Mais j’avais trouvé une personne de confiance que j’avais pris pour acquis, sur qui je me reposais à outrance… Et un beau jour, elle est partie. Ça a été terrible, d’autant plus que ça coïncidait avec une phase où c’était encore pire que d’habitude, SSPT oblige. J’ai trouvé ça injuste, mais maintenant je sais que c’était la meilleure chose à faire pour tout le monde. En premier lieu, ça m’a forcé à me remettre en cause, à regarder mes conneries en face. Et j’ai décidé de me suffire à moi-même, de ne plus dépendre des autres, de ne plus être une sangsue. Au départ, je me suis juste accusée d’être une personne horrible, de ne rien mériter de ce que la vie m’offrait… Bon. Aujourd’hui, je me suis (presque) pardonnée. Parce que se détester est contre-productif et que je préfère devenir une meilleure personne plutôt que de continuer à m’autoflageller. Bon, rendu là vous devez vraiment vous demander ce que tout ça a à voir avec mon voyage à Paris… C’est vrai que c’est pas clair. Je vais vous expliquer : Il a été un révélateur de mes progrès, ce qui me permet d’avancer encore un peu plus vite sur mon chemin 🙂

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Les drapeaux des maisons, lors de l’Exposition Harry Potter à la Cité du Cinéma

En fait, ça se comprend surtout en lien avec mon précédent voyage à Paris. L’an dernier, j’étais déjà partie 3 jours à Paris, chez un ami. Ça s’était relativement bien passé mais le bruit, les gens, tout m’effrayait et les crises d’angoisse étaient assez difficiles à gérer, surtout dans un petit appart’ sans possibilité d’intimité. Et puis un soir, j’avais du prendre le métro seule… Déjà, accompagnée c’était une épreuve. L’ami avec qui j’étais m’avait accompagné jusque sur le quai de départ alors qu’il ne prenait pas le métro, et l’ami chez qui j’allais m’attendait sur le quai d’arrivée. Bref, pas vraiment de danger. Ça avait été très dur. Ridiculement dur. Et puis au-delà de cette anecdote, je ne faisais rien par moi-même, soit j’allais quelque part accompagnée, soit je restais enfermée. Cette année, ça a été très différent. Je suis partie plus longtemps, une semaine. Alors, je n’ai pas été seule tout le temps, j’ai fait beaucoup de choses avec mes amis : L’exposition Harry Potter, DisneyLand, etc.

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La magnifique horloge du Musée d’Orsay !

Mais je suis aussi sortie seule dans le grand méchant Paris, prenant le métro seule, me trompant de sens de lignes et me rectifiant calmement et sans paniquer, me serrant dans les rames bondées pendant des perturbations avec un sourire aux lèvres… Tout n’a pas été comme prévu, problèmes d’hébergements, etc, mais j’étais heureuse d’être là, je n’avais pas envie de disparaitre ou de me terrer sous la couette comme habituellement. Mieux encore, j’ai fait des choses pour moi. J’ai été, seule, au Musée d’Orsay, et j’ai adoré me promener pendant des heures dans ses moindres recoins, passant vite devant les œuvres qui me laissaient indifférente, et m’attardant de longues minutes devant celles qui me touchaient, à mon rythme. J’ai été au restaurant seule, commandant tranquillement sans stress.

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La maison de Gainbourg, rue de Verneuil 🙂

J’ai même été faire un pèlerinage, seule, rue de Verneuil, pour voir la maison de Gainsbourg. Et puis j’ai été, seule, à la Cité des Sciences, osant réclamer mon tarif réduit, m’attardant dans les expos, sans avoir peur de saouler les gens. Le mieux ? J’ai découvert que j’adorais ça, que mon temps et mon bien-être n’avaient pas besoin de servir aussi ceux de quelqu’un d’autre pour avoir de la valeur. Que mon temps et mon bien-être n’avaient pas à être valorisés par quelqu’un d’autre pour être légitimes. Que je valais quelque chose, que j’étais suffisante, que je pouvais me débrouiller seule sans tout rater. Que même si je ratais, ce n’était pas grave.

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« C3RV34U, l’expo neuroludique » à la Cité des Sciences 🙂

Depuis que ma personne-pilier est partie, j’apprends doucement à être seule, et bien comme ça. Je me rends compte que rien n’est acquis et que personne ne me doit rien. Que ma personne-pilier n’aurait pas dû en être une, mais juste une personne, qui aurait été là pour moi comme c’était possible en fonction d’elle, et pour qui j’aurais été là tout autant. Aller mal n’excuse pas tout. Mais j’apprends aussi à me pardonner, pour avancer plus vite. Aujourd’hui, j’ai une note pour récapituler quoi dire pour prendre un rendez-vous par téléphone, comme ça je ne panique plus. Aujourd’hui, j’apprends à utiliser les moyens à ma disposition et pas des êtres humains que je transforme en piliers quand j’ai besoin d’aide. Aujourd’hui, j’apprends mes limites, les vraies, pas celles que je m’infligeais, et j’apprends aussi l’étendue des ressources dont je dispose, avant d’arriver à ces limites. J’apprends aussi à m’aimer assez pour m’accorder du temps, pour être heureuse de passer 24h par jour en ma compagnie, sans la camoufler derrière d’autres relations, j’apprends la satisfaction de réussir par soi-même et pas toujours avec une aide extérieure, même si c’est juste pour prendre un p****n de rdv par téléphone, j’apprends que l’échec n’est pas un reflet de ma valeur mais une occasion d’apprendre et de persévérer. J’apprends la bienveillance et à me suffire à moi-même. C’est vraiment agréable. Et je suis heureuse que ce voyage à Paris m’ait fait voir l’étendue de mes avancées, voir ce chemin que j’ai fait, moi. Que j’ai été capable de faire. beenough Cet article s’est transformé en grand déballage. J’hésite toujours à la poster mais après tout, assumer mes erreurs et mes failles et m’autoriser à montrer aussi mes réussites, ça ne peut qu’être positif. Et SURTOUT, à tous ceux et toutes celles qui se sentent nul-le-s, incapables, pas à la hauteur, qui ont peur de tout : Vous êtes capables, vous êtes géniaux et vous pouvez tout faire. Vraiment. Autorisez-vous à essayer, à échouer et à recommencer. Vous n’êtes pas parfaits et tout ne marchera pas du premier coup, mais on s’en fiche. Ce qui compte c’est de ne jamais arrêter d’essayer. Le but ce n’est pas de tout réussir mais d’accepter d’échouer et d’apprendre, toujours. Soyez bienveillants avec vous-même, vous le méritez. (sous ce ton donneur de leçons se cache un message à moi-même autant qu’à vous, et pour qu’il s’imprime, je pense qu’il ne doit pas être nuancé !) Voilà. Je me sens un peu nue, et assez vulnérable, mais je crois que le moment était venu de m’exposer un peu plus ici. J’appréhende un peu vos réactions, mais en même temps, elles seront surement intéressantes et je l’espère, comme toujours jusqu’ici, bienveillantes insécurité, je serai heureuse de partager avec vous, d’en parler, et pourquoi pas d’échanger des astuces pour avancer 😉 Je ne sais pas vraiment comment finir ce billet, alors je vais juste vous laisser comme ça, en vous envoyant beaucoup d’amour ! Eleama O.

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10 réflexions sur “Se suffire à soi-même

  1. Ton article est incroyable ! J’ai l’impression qu’il a été écrit pour moi, je m’y reconnais à un tel point ! Une seule divergence, je ne supporte tellement pas l’échec que j’ai toujours refuser une aide extérieur. Je me forçais à accomplir chaque choses inévitables même si il fallait que je regarde mon téléphone pendant des heures avant d’oser taper le numéro et que je raccroche avant que la personne décroche, mais je finissais pas y arriver. Bien sur, je n’aurai jamais au grand jamais réclamer le tarif réduit qui m’étais du !
    Je me suis battue longtemps, vraiment longtemps jusqu’à partir seule à l’étranger pendant un an, au pied du mur, je n’aurai pas le choix … Angoissée ça, c’est sur que je le suis, mais j’arrive maintenant à gérer mes crises, à les assumer et ne plus les cacher … Je suis tristement une si bonne menteuse, il fallait que ça s’arrête …

    • Contente de voir que mon article te parle ! Et surtout que tu t’en sors, ça donne de la force 😉 j’ai encore tellement à faire !

      Ça me touche ce que tu dis sur « être une si bonne menteuse »… Je remarque que je fais un peu trop bien semblant aussi, au point que rares sont les gens qui me connaissent et qui savent que je suis confrontée à ces difficultés…

      Merci de ton commentaire et courage à toi en tous cas ! Et bravo pour tes réussites 🙂

    • Merci 😀
      Et bien pourquoi pas ?? Déjà ça sera de partir seule dans une ville étrangère pour mes études… Premier défi ! Mais j’ai de plus envie de voyager seule, alors j’y pense… Peut-être d’abord en France avant de partir seule à l’étranger ? En tout cas, je ne m’arrête pas là !

      Merci de ton commentaire ! Et passe une belle fin de journée !

      • J’ai voyagé seule une fois en Tunisie. Je me suis rencontrée à ce moment la. Le meilleur voyage de ma vie. Avant j’étais comme toi. Maintenant je prends beaucoup (trop) de plaisir à faire des choses seule…

  2. Je reconnais l’ancienne « moi » dans ton article, ça fait drôle! Je ne dis pas que j’ai complètement vaincu mon anxiété qui est apparue quand j’ai déménagé à Montréal, mais j’ai clairement fait d’énormes progrès depuis que je suis allée seule au concert de Queen l’été dernier; ça m’a vraiment montré que je ne dois pas attendre après les autres pour m’adonner à des activités qui me font envie, sinon je vais rater beaucoup trop de belles occasions!

    Quand j’habitais chez mes parents, comme il n’y avait pas beaucoup de choses à faire à l’extérieur de la maison (quand on a pas de voiture), je n’avais pas cette anxiété : je restais chez moi à m’occuper soit avec mes devoirs, en lisant ou en pratiquant mon instrument, ou encore en allant chez mes amis de temps en temps.

    Par contre, en déménageant à Montréal, « la grande ville » pour moi, ça a changé. Avec le métro, plus besoin d’avoir de voiture pour sortir! Mais comme je ne connaissais pas DU TOUT la ville, bah, du coup, ça me stressait énormément de sortir seule. Alors quand j’allais quelque part avec mes ami(e)s, j’observais hyper attentivement les lieux, les rues et les bâtiments pour être capable de me situer et de faire des liens entre les différents endroits (c’est toujours le cas, d’ailleurs – ah, et j’ai découvert Google Maps à cette même époque, alors ça m’a aussi beaucoup aidé!). Les premières fois où j’ai osé sortir seule, c’était toujours dans des coins de Montréal que j’avais déjà explorés, mais maintenant, si je dois aller seule quelque part où je n’ai jamais mis les pieds, j’ai encore une petite boule de stress dans le ventre, mais je la contrôle de mieux en mieux!

    Pour ce qui est de la solitude en général, comme je passe la grosse majorité de mon temps seule chez moi, je n’ai pas de problème et n’en ai jamais vraiment eu, vu ma personnalité assez plutôt introvertie. Évidemment, il y a des périodes où je trouve ça vraiment difficile, surtout quand ça commence à faire vraiment longtemps que je n’ai pas vu mes ami(e)s ET ma famille (parfois il y a des période où je vois soit mes ami(e)s, soit ma famille, soit tout le monde en même temps, et des fois je ne vois personne pendant près d’un mois – autre que mon petit frère et sa copine qui vivent avec moi, et ils ne sont pas là souvent car ils ont des cours, et quand ils sont là, ils sont dans leur chambre, alors c’est comme si j’étais seule… une chance que Madame Minou est là! 😉 ). Mais comme je n’ai pas de contrôle sur l’horaire des gens, j’essaie de ne pas dramatiser et de ne pas me dire « ah, personne ne m’aime/ne veut me voir, bouh! ».

    BREF, c’est super que tu réussisses à vaincre tes angoisses! Lâches pas! 🙂

    P.S. : Je pense que c’est la première fois que je laisse un roman comme commentaire, tout site/blogue confondus. 😛

    • Ahah sache que je suis flattée d’être la destinataire de ton premier commentaire/roman ! 😀

      Et puis ça fait du bien de lire ça, je me dis que je vais y arriver aussi ! Je commence en effet à prendre conscience que je n’ai pas besoin d’être avec quelqu’un d’autre pour faire les choses et c’est reposant et je suis contente de progresser enfin même si ce n’est pas de tout repos et qu’il y a encore beaucoup à faire…

      Merci de tes encouragements ! Ça remonte le moral 😀

      Passe une bonne journée/soirée ! (je ne sais pas quelle heure il est au Québec ^^)

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