Et des souvenirs sur planche à voile…


Aujourd’hui, billet un peu spécial et pas très joyeux. J’ai un milliard d’articles en attente mais parfois, il faut se bousculer un peu. J’ai voulu en parler sur Facebook, je n’ai pas su quoi dire. Et puis c’était un peu indécent. Je ne savais pas où déverser tout ça, j’avais besoin d’en parler. C’est ici que cela m’a paru le plus approprié.

cvl

Mercredi 13 mai, je passais une agréable journée. A midi, je rejoins mes amis à la cafétéria et T. me prend à part : « J’ai une mauvaise nouvelle ». Je m’attendais à une nouvelle un peu superficielle, je ne sais pas, pas à ça en tout cas. « M. est mort. »
M., c’est une connaissance de collège.

Je n’ai pas gardé beaucoup de contacts de mes camarades de cette époque. Aucun, même, je dirais. Je n’en ai pas gardé beaucoup de bons souvenirs non plus. Mais bizarrement, les meilleurs ne sont pas ceux que je partage avec mes « amis » de l’époque.

En 4e, dans ma classe il y avait M… Grand, blond, sportif, intelligent… et solitaire. En tout cas réservé. Toutes les filles craquaient pour lui. Moi aussi bien sûr. On n’avait pas vraiment de liens. Pour moi, il représentait l’inaccessible, et je savais bien que je ne valais pas la peine qu’un gars comme ça m’adresse la parole. Et puis un jour, mon prof de français décide d’organiser un cours sur la psychanalyse. Grognements de toute la classe, complètement indifférente au sujet… Sauf nous deux ! Alors, suspendus aux paroles de notre professeur, on souriait en se lançant des regards complices : Oui, c’était vraiment passionnant. A la fin du cours, je suis sur mon petit nuage, ravie de cette heure de complicité inattendue… Et M., sans un regard à sa bande d’amis, se dirige droit vers moi, le vilain petit canard. Toute la pause, on a discuté de psychanalyse, des livres qu’on avait lu… Ses amis l’attendaient, il s’en fichait et je n’en revenais pas. Je me sentais enfin intelligente, intéressante et digne d’intérêt.
Et ça, c’est un de mes plus beaux souvenirs de collège. Pas mes après-midis entre amis, pas mes délires, mais ce moment. Une vraie discussion, sur un sujet qui me tenait à cœur, avec M. l’inaccessible. M., d’un autre monde, du monde des gens populaires, bien vus.
M., c’est celui qui, sans doute sans s’en rendre compte m’a vraiment montré pour la première fois que je valais le coup, que j’avais ma place.

Ça vous paraît futile ? Ce ne l’est pas pour moi. C’était mon premier vrai contact avec lui.
Et voilà le beau, le plus beau souvenir : un souvenir sur planche à voile.

Stage de voile avec le collège. Il y a deux groupes. Les « mauvais » qui font du catamaran, les « bons » qui font de la planche à voile. Bien sûr, je vais immédiatement du côté des « mauvais »… Même si la planche me fait rêver. Et là, M. le voileux pro’, qui excelle en compétition, vient me chercher, moi, le vilain petit canard, et me demande de venir dans son groupe. Pas toute la classe, pas mon groupe de copines, juste moi. Clairement, simplement, sans chichis. J’hésite, il insiste, je me lance. Quelques amies suivent. Et il m’a appris à faire de la planche à voile. Lui, le pro a passé son après-midi avec moi qui tombais tout le temps, patiemment et gentiment, donnant astuces et conseils en riant pour que je réussisse à faire quelques mètres sans finir à la flotte.
C’est peut-être con, mais je compte sur les doigts d’une main les fois où quelqu’un a fait ça pour moi. Et c’est la seule fois où ce n’était pas un proche.

morgan

Alors non, je ne le connaissais pas beaucoup. Non on n’était pas proches et on n’avait plus de contacts depuis longtemps. Mais j’ai toujours respecté cet être humain. Et les seuls souvenirs que j’ai de lui sont sublimes.
Alors je pleure. Je le pleure lui, je pleure avec sa famille et ses amis. Je lui crée un petit sanctuaire dans un coin de ma tête, pour ne jamais oublier la lumière qu’il m’a apporté quand il a croisé ma route. De la lumière, c’est le mot. Il est, il était lumineux. Il a donné confiance en elle à une fille perdue qui se détestait, juste comme ça sans y penser. Alors quand je pense à lui, c’est avec une gratitude qui, j’espère, peut voyager jusqu’à lui.

Évidemment, ce texte-hommage me semble bien loin de ce que je veux montrer, de ce que j’aurai voulu exprimer. Mais tant pis.

Je ne sais pas comment conclure ce billet.
Alors je vais juste lui dire :

MERCI.
D’avoir cru en moi, de m’avoir sorti de mon invisibilité, de ta bienveillance.
Et chaque fois que je relirai Freud ou que je monterai sur une planche à voile, je penserai à toi.

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5 réflexions sur “Et des souvenirs sur planche à voile…

  1. Il y a des personnes comme ça que l’on croise sur notre route, qui illumine notre petite vie une minute, une heure ou plus. Des personnes qui nous marquent pour toujours… Tu lui as rendu un bel hommage. Plein de bisous ma belle ❤ ❤ ❤

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