Le sens caché des Confessions d’une Accro du Shopping !

                         Image

Cette semaine, pas de sujet sérieux et prise de tête mais un petit « Coup de gueule » pour rire. La volonté de ce billet, c’est de prendre le contre-pied de tous ces littéraires qui bannissent avec de grands airs outrés ce qu’ils appellent la « sous-littérature », ceux qui rient des pauvres manants qui, dans leur ignorance, apprécient d’autres auteurs que – au hasard – Flaubert, Proust, Hugo, Duras, etc. En un mot ceux qui ne comprennent pas qu’on puisse lire autre chose que cette Graaaande Littérature intellectuelle, ces classiques qui parfois ont perdu de l’intérêt avec le temps, en s’éloignant des enjeux de leurs périodes d’écriture. En effet, si la Madame Bovary de Flaubert était à l’époque une révolution littéraire par son réalisme notamment, maintenant, il n’est plus à nos yeux d’ignares qu’un roman bien écrit mais plutôt insipide (« Ouiiiii mais vous ne comprenez pâââs, c’est ce que ce grand génie a voulu retranscrire, l’ennui d’une petite vie de campâââgne, et votre ennui en lisant n’est que le signe de sa graande réussite ! » Admettons.). C’est donc avec un sourire qu’aujourd’hui je dis « M**** » à ceux qui critiquent ce qu’ils considèrent comme de la « sous-littérature », les Lévy, les Musso ou autres Kinsella, les accusant de n’avoir pas plus de sens que le premier degré, de n’avoir rien d’autre à délivrer que ce qui s’étale explicitement sur le papier (ou la page d’une liseuse, selon les avancées technologiques actuelles). Je concède que certains ouvrages poussent plus à la réflexion que d’autres mais ce ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Et ce que moi, je crois, c’est que derrière à peu près n’importe quel livre, on peut dénicher un message, une critique, une philosophie de vie, un sens en tout cas qui peut échapper à la première lecture. Voilà ce que je compte démontrer (même si le terme est un peu pompeux et prétentieux pour le ton de cet article!), mais toujours en riant et accompagné de mon fidèle ami nommé Second Degré ! 😉

 

Tout d’abord, pour ceux qui ne connaissent pas le livre ou ont besoin de se rafraîchir la mémoire, un court résumé :

« Rebecca Blomwood, dite Becky, a vingt-cinq ans et travaille pour un magazine financier intitulé : Réussir votre épargne. L’ironie veut qu’elle soit une conseillère criblée de dettes. Mais Becky ne peut résister à la frénésie d’achat qui s’empare d’elle sitôt franchi le seuil d’un magasin. Alors qu’elle a réussi à cacher à ses employeurs son ignorance totale du monde de la finance, sa vie se résume à une esquive perpétuelle de ses factures puis de ses créanciers, et surtout de son banquier. Mais elle affiche un optimisme et une sincérité aux limites de la naïveté : elle s’imagine pouvoir combler son découvert effarant en gagnant à la loterie, se persuade de réduire ses dépenses, hélas sans le moindre succès, et, avec la même assurance feinte, se met en quête d’autres emplois, mais toutes ses tentatives se solderont par des échecs.
Sur le front amoureux, Becky est seule. Bien que courtisée par Tarquin, le riche cousin de sa colocataire Suze, elle est tombée sous le charme de Luke Brandon, un jeune et séduisant homme d’affaires qu’elle croise régulièrement dans le cadre de son travail. Après lui avoir révélé l’existence d’une petite amie, Luke semble finalement ne voir en elle qu’une jolie jeune femme un peu fofolle qui l’amuse, tandis que Becky, blessée dans son amour-propre, essaiera de l’oublier. A plusieurs reprises, pourtant, le hasard se chargera de les réunir.
Tout bascule le jour ou, en plein shopping débridé, elle constate avec effroi que toutes ses cartes bancaires ont été bloquées. Désespérée, elle se réfugie alors chez ses parents (à qui elle ne peut, malgré tout, avouer ses déboires). Or, des voisins, qu’elle a mal conseillés en matière de placement, ont perdu par sa faute une importante somme d’argent. Navrée et désireuse de réparer sa maladresse, elle les questionne et soupçonne vite une possible manipulation financière, ce que lui confirmera une brève enquête. Aussitôt décidée à en informer la presse, elle propose un article à un grand quotidien, lequel fait tellement de bruit que les producteurs d’une émission de télévision très populaire l’invitent à venir témoigner. Survoltée à cette idée, Becky se voit déjà star du petit écran, mais elle ignore encore qu’elle devra affronter, au cours d’un débat, un représentant de la compagnie incriminée, Luke Brandon, en l’occurrence ! D’abord paniquée, sa sincérité et son aplomb vont faire la différence. Elle emporte brillamment le morceau en impressionnant les producteurs, le public et Luke Brandon lui-même, par ailleurs, tout à fait hors de cause dans le scandale financier. En définitive, la télévision lui propose une contribution régulière, ce qui met fin à ses soucis d’argent, et Luke l’emmène dîner au Ritz avant leur première nuit d’amour. »

                                                         Image

En effet, n’est-il pas déjà apparent qu’il y a dans ce livre une critique forte de la société de consommation et du capitalisme ? Le poussant à l’extrême jusqu’au ridicule, n’est-ce pas une prise de conscience de la folie de ce système que cherche à déclencher l’auteure ? La vie de Becky tourne absolument autour de l’argent : Son travail dans un magazine financier, ses séances de shopping, les factures, les appels de sa banque, les rendez-vous terrifiants avec son banquier… Jusqu’à sa vie amoureuse, entre Tarquin le millionnaire et Luke Brandon l’homme d’affaires et même sa vie de famille où l’argent la poursuit jusque dans la présence des voisins de ses parents, qui ont perdu une fortune sur des placements à risque qu’elle leur avait conseillés. Tout n’est qu’avalanche de chiffres, de prix, de comptes en banque. Encore plus loin que sa vie, ce sont même les rêves de la jeune fille qui sont contaminés : Elle rêve de pouvoir s’acheter tel vêtement, de gagner au loto, de pouvoir se payer telle maison de rêve au prix exorbitant ou simplement de ne plus avoir de dettes. Becky nous fait rire par son ridicule et sa gaucherie, par sa maladresse et ses imperfections, mais cette obsession de l’argent et de la réussite n’est-ce pas celle de toute une période ? N’est-ce pas un peu notre vie que celle de Becky, encerclée par les prix, les coûts, les salaires, les dépenses jusqu’à finir par imploser ? Au delà d’une simple comédie, ce pourrait être un avertissement à nous tous : Ne vous laissez pas engloutir sous ces avalanches capitalistes !

Et au-delà de cette critique devenue presque banale des excès du capitalisme, on pourrait y voir la dénonciation d’une image de la femme qui n’a pas tant changé depuis l’accès au vote et au marché du travail : Becky l’irresponsable et immature malgré sa place de femme moderne, qui fait carrière. La femme toujours en recherche de sa place dans la société, entre foyer et travail, toujours confrontée aux regards désobligeants qui l’infantilisent. Mais finalement, Becky c’est aussi la femme qui réussit quand on s’y attend le moins, qui fait de ce qu’on lui reproche comme ses pires défauts ses meilleures qualités. La confrontation finale avec Luke, c’est la victoire de la femme, infantilisée et considérée comme incompétente, contre l’homme d’affaires reconnu, le prédateur numéro un de la femme : celui qui a réussi. Lui, l’homme qui est en haut plus vite mais qui n’a pas eu à se battre bec et ongles pour la reconnaissance de ses capacités. Les Confessions d’une Accro du Shopping, c’est donc le manifeste du féminisme, un encouragement à continuer le combat (car il n’est pas fini) pour conquérir la place de femme moderne, carriériste et ambitieuse, parce que oui, c’est possible d’aimer le shopping et d’être compétente.

 

Voilà donc une ébauche personnelle et non exhaustive des perles cachées des Confessions d’une Accro du Shopping. Vous en voyez d’autres ? N’hésitez pas à les partager !
Dans tous les cas, voici la preuve, ou tout du moins un signe, que chaque livre peut être l’objet d’une interprétation et cache derrière ses lignes au moins autant de sens qu’il n’a de lecteurs. La « sous-littérature » n’existe pas et ce n’est pas sous prétexte que le sens passe caché derrière l’humour et la légèreté qu’il perd de la valeur. Se détendre et rire n’est pas un crime ! Alors n’écoutons plus les snobs qui prétendent ne lire que des classiques, arrêtons de complexer : Lisons ce qui nous plaît, si c’est Proust, c’est bien, et si c’est Kinsella, ça ne l’est pas moins. Et pourquoi pas les deux ? Alors je conseille à tous ceux qui ne lisent que Proust et ses acolytes de s’essayer aux Kinsella et autres Musso, mais aussi à ceux qui préfèrent se détendre sans réfléchir avec l’Accro du Shopping de donner à sa chance à Proust, je vous assure : Vous ne le regretterez pas !

Enfin, à ceux qui rétorqueront que Kinsella n’aura vraisemblablement pas la pérennité de Proust, je réponds que ça n’a pas d’importance : Que Becky marque les siècles ou non, je l’aime quand même !

 

Lecteurs, lectrices, quoi que vous lisiez, je vous adore !
Bonne soirée, et n’hésitez pas à commenter pour me houspiller, ou me lister vos lectures favorites,
A la prochaine fois !

P.S. : Merci à J., L., et N., mes camarades hyppô qui m’ont inspiré ce sujet !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s