La Vie d’Adèle / Le Bleu Est Une Couleur Chaude

Voilà un petit moment déjà que l’idée d’un onglet culturel me tournait dans la tête, en voici le tout premier article :

Cela fait un certain temps déjà que le film La Vie d’Adèle est sorti au cinéma (6 mois en fait!) et je me décide enfin à écrire cet article. Je voulais du recul, autant sur le film que sur la bande dessinée qui l’a inspiré avant de me mettre à écrire.

Ce billet prendra la forme d’une comparaison film/BD, non pas pour balancer le traditionnel « le livre est mieux ! » mais pour essayer de réellement mettre en avant les points forts et faibles que j’ai trouvé à chacun par rapport à l’autre.

Je connaissais la bande dessinée bien avant la sortie du film, plusieurs amies me l’avaient déjà chaudement recommandée mais je ne l’ai lu qu’après avoir vu le film au cinéma.

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Pour ceux qui n’ont pas lu Le Bleu Est Une Couleur Chaude ou qui n’ont pas vu le film et qui souhaite ne rien connaître de l’histoire, je vous conseille d’arrêter de lire ou de reprendre plus loin car il me semble important de faire un rapide résumé. Cependant, le plaisir de la lecture ou du visionnage ne sera (à mon avis) pas gâché par ce qui va suivre (et je ne dévoile évidemment pas tous les détails). Je vous laisse donc la responsabilité de choisir !

Voici les résumés :

Âgée de quinze ans, Adèle ne se pose pas de questions : Elle aime les garçons et d’ailleurs elle sort avec le beau Thomas. Mais un regard échangé dans la rue avec une étrange jeune fille aux cheveux bleus la trouble jusqu’à perturber ses nuits et remettre en cause sa sexualité.Remise en cause encore accélérée par le baiser d’une amie qui la transporte avant que celle-ci ne la rejette. Elle tente d’ignorer ses sentiments en approfondissant sa relation avec Thomas mais ne supporte plus de le regarder en face et le quitte. Adèle se livre alors à Valentin qui l’amène une soirée dans les bars gays… Où elle croise la jeune fille aux cheveux bleus qu’elle suit dans un autre bar où elles feront connaissance. Emma et ses cheveux bleus, intriguée par la demoiselle, attend un soir Adèle à la sortie de son lycée et à partir de ce jour elles se reverront souvent. Mais les doutes de ses « amis » qui la rejetteront feront beaucoup souffrir la jeune adolescente. Coincées dans une relation ambiguë puisque Emma est déjà en couple avec une fille, leur couple s’officialisera finalement quand Emma rompra avec sa copine et Adèle entrera alors officiellement dans le monde d’Emma, très différent du sien et de celui de ses parents qui ne sont d’ailleurs pas au courant de la relation des jeunes filles. Elles nous apparaissent ensuite adultes et lancées chacune dans leur vie active, presque à l’opposé l’une de l’autre et se heurtant à une incompréhension forte qui mènera leur couple à sa fin après qu’Adèle ai trompé Emma avec un collègue de bureau. Elles poursuivent donc leurs existences l’une sans l’autre et tandis que l’une se remet et forme une famille avec une autre femme, l’autre tente sans y arriver de se reconstruire, ne désespérant pas de reconquérir le cœur de la femme de sa vie. Le film se terminant sur l’image d’une Adèle dévastée après avoir constaté de ses yeux qu’Emma avait totalement refait sa vie sans elle.

La bande dessinée quant à elle commence avec Emma qui se rend chez les parents de Clémentine (alias Adèle) après sa mort afin de lire son journal intime, conformément aux dernières volontés formulées par Clémentine. Durant cette visite, Emma doit faire face à l’hostilité violente du père de Clémentine que n’atténue pas vraiment la politesse pleine d’incompréhension de sa mère. Le récit suit alors la lecture du journal de Clémentine par Emma, retraçant toute leur histoire depuis l’adolescence. Le début de la relation dépeinte dans la bande dessinée est fidèlement retranscrite dans le film jusqu’au moment où Emma va passer la nuit chez Clémentine, officiellement comme amie et où, au contraire du film, elles sont « prises sur le fait » et chassées ensemble de la maison de Clémentine qui part alors s’installer chez les parents d’Emma, avant qu’elles n’emménagent ensemble. L’histoire passe ensuite à leur vie adulte où une Emma artiste et engagée dans la cause LGBT s’oppose à une Clémentine enseignante qui garde pour elle son orientation sexuelle. L’incompréhension entre leurs deux façons de vivre opposés mène à l’éclatement du couple après la découverte de la tromperie de Clémentine. Celle-ci se réfugie chez Valentin et sombre alors dans une dépression qui aggravent des problèmes de santé déjà existants. Le jeune homme finit par réussir à organiser une rencontre entre les deux femmes qui, encore amoureuses, se réconcilient. Mais la maladie de Clémentine la rattrape et elle se retrouve à l’hôpital où Emma ne peut d’abord pas la voir. Clémentine rédige les dernières pages de son journal à l’hôpital dont elle ne sortira plus, et la bande dessinée s’achève sur la déchirure d’une réconciliation coupée net dans son élan.

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Le film d’Abdellatif Kechiche est à mon sens une grande réussite puisqu’il évoque l’amour lesbien plus comme un amour « tout court » qu’en se focalisant sur une expérience différente de la relation homosexuelle, sans cependant négliger cet aspect. En effet, s’il montre les déboires d’Adèle avec ses amis ou ses parents, le film n’en fait pas un but en soi, et le dépasse, ce que j’ai trouvé relativement novateur. Cependant, il n’est pas négligeable que les scènes de sexe qui occupent une place relativement importante dans le film peuvent être dérangeantes. Tant par leur durée que par une façon de filmer crue, parfois plus proche du « porno » que d’une esthétique érotique, elles semblent faites pour choquer et déranger et atteignent (en tout cas de mon point de vue) bien leur but. Même sans être prude, ces scènes finissent par être difficilement soutenables par leur excès de détails à la limite du « gore », enlevant à cet acte amoureux toute subtilité et toute douceur. Je l’ai ressenti (et les personnes avec qui j’ai pu avoir une discussion à ce sujet aussi) comme l’effort presque pédant de se démarquer, de sortir du lot, comme une volonté assez démesurée d’exploser des tabous et de revendiquer « ne pas cacher le vrai derrière le beau » (je cite une amie). C’est cet aspect de l’œuvre cinématographique qui a entraîné les polémiques autour de ce film, puisqu’en plus, les actrices principales ont du subir ces conditions particulièrement complexes de tournage.

La Vie d’Adèle m’apparaît donc comme une idée belle qui arrête (enfin) de faire la différence entre « hétéros », « gays », « lesbiennes » pour se poser presque comme un hymne à l’Amour avec un grand A, indifférenciable quelque soit le couple. Mais ce tableau de l’histoire d’Amour avec ses tempêtes comme ses fleuves tranquilles remarquablement bien retranscrit me semble un peu terni par cette morgue pédante de « l’intellectuel-artiste » qui provoque simplement par l’envie de la provocation, sans que celle-ci soit forcément justifiée.

Quand on compare La Vie d’Adèle à la bande dessinée de Julie Maroh qui l’a inspiré, on constate une grande fidélité à l’histoire qui ne peut qu’être applaudie lorsque tant de films déçoivent par rapport au livre dont ils sont issus. Le film apporte même un plus à l’ouvrage par certains côtés : Ainsi, l’adaptation au cinéma donne plus de force à des images comme celles de la rencontre avec Emma au bar ou bien la réaction des élèves face à une Clémentine qu’on découvre « gouine » ou enfin la dispute qui séparera le couple et la dépression de Clémentine qui ne prend que quelques pages dans la BD et que la mise en image rend plus percutante et tragique. L’adaptation cinématographique apporte à ses scènes une violence et une force d’émouvoir plus grande que celle de la bande dessinée. Cependant, certains aspects de l’œuvre originale auraient mérités d’être plus développés. Je pense évidemment en priorité à la maladie et la mort de Clémentine qui sont complètement absentes du film alors qu’elles conditionnent presque toute l’histoire de la BD, en étant conditions essentielles.

La bande dessinée de Julie Maroh offre une dimension à l’histoire qui n’est pas retrouvée dans le film de Kechiche et qu’on est heureux de découvrir lorsqu’on se lance dans la lecture de la BD. Tout cet aspect négligé par le film de la mort de Clémentine qui sépare les amoureuses, cette maladie qui brise la beauté d’une relation renaissante, cet aspect apporte à l’œuvre un tragique doux, éloigné de la démesure d’Adèle à la fin du film. Mais il faut avouer que l’œuvre en elle-même, tant dans le dessin que dans les mots qui nous délivrent l’histoire, est empreinte d’une délicatesse et d’une douceur qui capture le lecteur, introduisant en lui la force des émotions véhiculée habilement par l’auteure. C’est l’histoire d’une tendresse que nous raconte Maroh, un amour comme les autres mais brisé dans son élan, et révélé avec délicatesse et pudeur.

Les deux œuvres se trouvent donc complémentaires, racontant la même histoire sous des angles de vues différents qui trouvent chacun un intérêt. Le film comme la bande dessinée touchent profondément le lecteur, chacun à sa façon et c’est un plaisir de les découvrir, chacun dans leur univers bien à eux. Je pense qu’à choisir, il vaudrait peut-être mieux lire la BD après le film, pour pouvoir s’émerveiller de ces aspects qu’il néglige mais que Maroh peint merveilleusement bien. Dans tous les cas, les deux méritent d’être connus, puisque l’un et l’autre font découvrir et redécouvrir l’histoire, différemment mais toujours avec talent.

Pour ma part, j’ai préféré l’univers délicat de la bande dessinée qui m’a profondément émue, ce qui ne m’a pas empêché de pleurer pendant tout le film et d’en être sorti ravie. Je vous invite donc à ne pas bannir l’un des deux au profit de l’autre, car les deux ont leur valeur et leur intérêt.

N’hésitez pas à partager vos ressentis par rapport à ces œuvres, vos impressions, vos préférences… Je suis curieuse de les connaître ! 🙂

Enfin, je serais ravie que vous donniez votre avis sur cette nouvelle rubrique « culturelle », sur cet article ou même que vous me fassiez part d’idées d’articles qui vous feraient plaisir ! 🙂

Vous pouvez aussi partager l’article ou le blog pour m’aider, et aller discuter de cet article ou d’autres actualités sur la page facebook → https://www.facebook.com/demalenpiges

Merci de votre intérêt,

Bonne soirée, et laissez-vous glisser dans la chaleur du bleu ! 😉

A la prochaine fois !

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