L’utopie européenne

L’idée d’une union à l’échelle européenne existait bien avant que le projet de l’UE soit réellement mis en place. Elle s’appuyait alors sur un sentiment d’appartenance commune basé notamment sur le christianisme et l’héritage de l’empire romain. Mais l’arrivée des nationalismes du XIXe siècle recentre les pays sur leurs propres identités, reléguant l’union de l’Europe à une utopie. Entre les deux guerres, l’idée « renait » jusqu’à la création d’une « Pan-Europe » par Coudenhove-Kalergi (qui fut très soutenu par Aristide Briand, alors président du conseil français) dans le but d’empêcher une seconde guerre (à l’évidence, ce ne fut pas un franc succès). En 1930, Aristide Briand, devenu Ministre des Affaires Étrangères cherche à instaurer une fédération européenne. Son projet reste sans lendemain à cause principalement de la crise de 1929 qui incite les Etats à se replier sur leurs intérêts propres.
Puis la Seconde Guerre Mondiale occupe évidemment toute la scène politique et le projet européen n’est plus une priorité mais l’idée refait de nouveau surface dès 1946 (discours de Zurich, Churchill utilise pour la première fois le terme « d’États Unis d’Europe »). Vient alors la période de la Guerre Froide, la moitié Est de l’Europe est sous contrôle de l’Armée Rouge et il apparait primordial de garantir la paix en Europe. Le projet européen qui se met en place a alors trois buts :

– Garantir la paix

– Empêcher la progression communiste en Europe de l’Ouest

– Enrayer le déclin économique européen et reconstruire une Europe en ruine (quitte à accepter l’aide américaine par exemple avec le Plan Marshall)

Autour des années 50, des voix s’élèvent pour tenter de faire sortir l’Europe de l’Ouest de l’influence des USA afin que l’Europe soit un espace autonome. Le Congrès de La Haye en 1948 conclut à l’urgence d’une coordination sociale et politique en Europe. Le Conseil de l’Europe, et la Cour Européenne des Droits de l’Homme, autorités supranationales garantes de la paix, la démocratie et du respect des droits de l’Homme sont les premières réalisations, symboliques mais concrètes, des prémices de l’Union Européenne. Suit la « Déclaration Schuman » qui garantit la paix, préconise un rapprochement franco-allemand et des réalisations limitées mais concrètes (CECA,…). Cette déclaration pose les bases du développement économique de la future Union et suivent alors les premiers succès comme la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier)  mais aussi les premiers échecs (communauté européenne de défense et plan Pléven). On comprend donc qu’il faut compter sur une construction lente et progressive, une « Europe des petits pas ».

L’idée européenne fait son chemin dans l’opinion publique, portée par les partis démocrates chrétiens puis sociaux démocrates. La construction européenne est tout de même très critiquée : Trop centrée sur l’économie, trop technocratique (les experts ont une place centrale dans les prises de décisions)…
Son dynamisme est tout de même incontestable mais elle est avant tout une construction économique (Marché Commun, CECA, Schengen, PAC, Banque Centrale, monnaie unique) et se heurte donc à de graves difficultés lors de la crise de 1971 et des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 : le projet européen reposant sur des accords commerciaux et financiers, les pays se replient sur les intérêts nationaux et ne coordonnent pas leurs politiques. Le problème se constate de la même façon aujourd’hui, malgré des efforts qui restent plutôt vains.
En plus de ces réactions face aux crises, l’Union Européenne a tendance à s’élargir en s’ouvrant à de nouveaux pays plutôt que s’approfondir, l’entrée de nouveaux pays ne facilitant pas sa cohésion. Malgré l’adoption de la PESC (Politique Étrangère et de Sécurité Commune), qui a d’ailleurs montré ses limites lors de la guerre en Yougoslavie et au Kosovo où l’aide américaine a été nécessaire,  et les quelques tentatives d’uniformisation des politiques, l’approfondissement de l’Union est limité et l’Europe reste un « nain politique ».

Un projet de Constitution Européenne avait été proposé mais refusé par référendum notamment par les français. Il est clair cependant que l’Union Européenne s’enlise et il semble important de donner à l’UE une puissance politique capable à terme de contre-balancer l’impérialisme américain.
Pour cela, il serait à mon sens judicieux de renforcer le pouvoir européen au détriment de celui des États notamment dans le domaine des politiques monétaires puisque la faiblesse constatée de l’Europe est son incapacité à coordonner ces politiques en temps de crise, ce qui enlise nécessairement la situation, empêchant ou compliquant du moins une sortie de crise rapide. Évidemment, les États s’accrochent à leurs pouvoirs et rares sont ceux qui voient d’un bon œil ceux-là leur échapper, même pour renforcer le projet ambitieux de l’Union. Il ne s’agirait pourtant pas de réduire les États à des « sous-pouvoirs » de l’Europe, au ordre de l’UE mais plutôt de répartir les pouvoirs intelligemment à l’intérieur de l’ensemble afin d’opérer une harmonisation qui garantirait la stabilité des situations même en temps de crise et donc une force politique et diplomatique plus élevée, permettant pourquoi pas grâce à cette nouvelle influence ainsi créée de se débarrasser de l’image de « nain politique » européen.
De plus, la création d’une réelle identité européenne, par l’intermédiaire de l’éducation mais aussi des élections à échelle européenne qui permettent l’identification de soi comme « citoyen européen » et pas seulement citoyen d’un pays, rend crédible et même sans doute nécessaire à terme le renforcement des pouvoirs de l’UE, en adéquation avec les changements qui s’opéreront dans l’opinion. En effet, si l’identité européenne se renforce, les États n’auront plus de raisons de ne pas déléguer certains pouvoirs à cet ensemble plus grand qu’eux mais pas moins important. L’Union Européenne serait alors une réelle puissance politique autant qu’économique, s’émanciperait certainement totalement de l’influence américaine et sortirait d’un certain « déclin » qui semble se confirmer depuis les Grandes Guerres.
Le processus menant à cet accomplissement européen est évidemment encore long et certainement compliqué puisqu’il implique de la part de l’opinion comme des gouvernements un changement de la vision de l’Europe et de l’État qui ne peut se faire que lentement et en douceur. Il peut sembler encore utopique mais l’idée d’une union européenne a toujours resurgi depuis le XIXe siècle et est maintenant ancrée sur des bases solides, ne demandant qu’à s’accomplir. Dès les débuts de l’Union, la logique de « l’Europe des petits pas » s’est mise en place, elle opère encore aujourd’hui, les choses avancent lentement mais surement et ce projet, le plus ambitieux de toutes les tentatives de rassemblements entre pays à nos jours, finira par s’accomplir et espérons-le, tiendra ses objectifs en garantissant la paix.

Bonne soirée, citoyens européens ! 😉

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