Depardieu et le « soft power » russe.

Ces derniers jours, impossible de manquer Depardieu à la une de nos journaux, il est partout. Après la lettre violente répondant à une remarque de notre premier ministre quant à son exil fiscal qu’il qualifie de « minable », le président Poutine qui lui propose un passeport, voilà l’interprète d’Obélix nouveau citoyen russe avec en prime une jolie maison gratuite et un poste de ministre de la culture (heureusement refusé, du moins pour le moment !). Cerise sur le gâteau, le voilà qui fait l’éloge de la belle « démocratie russe » où, ajoute-t-il, le premier ministre ne traite pas ces citoyens de minable. Démocratie ou pas, tant qu’il peut payer moins d’impôts…

Mais si cette nouvelle citoyenneté n’apporte que du bonheur à l’acteur qui s’exonère de la (peut être ??) future imposition à 75% sur les hauts revenus (puisque celle-ci est de 13% pour l’ensemble des foyers de l’ancien « Grand ») en plus de profiter de la « potion magique » russe (Govoroukhine, soutien de Poutine durant sa dernière campagne commente à la radio : « Ça fait un alcoolique de plus ! »), qu’apporte-t-il donc au pays pour être invité de cette manière par Poutine ? Et bien, d’abord il semblerait selon les dires de la figure du cinéma français que lui et le président russe « s’apprécient mutuellement », ce qui parait quand même un peu léger pour une telle invitation. L’explication est ailleurs : la présidence justifie cette nouvelle citoyenneté comme un remerciement pour sa contribution « à la culture nationale et au cinéma ». En effet, Depardieu a joué le rôle de Raspoutine dans un film tourné en 2011 en Russie, ce qui aurait plu en haut-lieu. Là se joue l’importance de la proposition russe : premièrement, en invitant Depardieu, ils espèrent une vague de demande des grandes richesses européennes désireuses d’échapper à des impôts jugés trop élevés (ce qui ne devrait plus tarder puisque Brigitte Bardot menace déjà de s’y rendre si les deux éléphantes malades de Lyon sont euthanasiés, afin de quitter ce pays qui ne serait plus qu’un « cimetière d’animaux ») mais aussi, et peut-être surtout en attirant les acteurs de la scène culturelle européenne ils étendraient ainsi leur influence culturelle propre d’autant plus facilement. C’est en effet la tendance depuis quelques années, par l’extension de la russophonie ou l’ouverture de centres culturels russes en Europe et dans le monde. La Russie cherche donc à redorer son image à l’internationale mais aussi conserver ou retrouver  un rôle de puissance intégratrice centralisante dans son ancienne zone d’influence. Cependant, la crédibilité de cet effort de « soft power »  est remis en question par la politique étrangère russe, utilisant la contrainte et la force (ainsi que son droit de veto à l’ONU !) pour arriver à ses fins (les crises gazières avec l’Ukraine 2006 et 2009 et la guerre en Géorgie en 2008). Ce qui manquait à la Russie pour un « soft power » efficace, c’était l’attractivité. Avec Depardieu, elle a donc trouvé sa solution : son taux d’imposition attirant pour les grandes richesses européennes en ce temps de crise.

Remarque : Cette volonté de « soft power » s’ajoutant à une politique extérieure tournée vers les pays émergents (appartenance aux BRICS) met en évidence la volonté de la Russie de retrouver son influence d’avant l’effondrement du bloc soviétique et d’ainsi rattraper l’Europe voir à terme l’impérialisme américain ? La Guerre Froide est peut-être derrière nous, mais les tensions entre les deux anciennes « super-puissances » persistent, et cela se sent particulièrement lors des prises de décisions de l’ONU quant aux interventions en réactions aux tensions actuelles du monde arabe.

En bref, je crains que nous n’ayons bientôt à construire un deuxième « mur de Berlin » pour retenir nos grandes fortunes !
Sur ce, bonne soirée et commencez à économiser les briques !

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Une réflexion sur “Depardieu et le « soft power » russe.

  1. J’adore ta petite phrase de la fin ;).
    Il est vrai qu’en effet, pas mal de nos grandes fortunes fuient, voulant s’exonérer des impôts à venir, tout comme des têtes ( des chercheurs, par exemple ) s’exilent aux Etats-Unis, afin d’être mieux payés puisque le pays n’a pas débloqué de fonds mirobolants pour la recherche. Je pense que tu as très bien choisi ta phrase, car cela met en lumière un problème de société ( c’est en tout cas mon avis ) : nous sommes en temps de crise et l’argent est devenu aujourd’hui plus important que la patrie pour bon nombre de personnes.

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